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Réflexions paysagères

pour mieux comprendre votre jardin

De l'immortalité des plantes

par J. Roubache, paysagiste Normandie - Paris

octobre 2020

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Victor Hugo a rejoint les Immortels grâce à l’écriture ; Napoléon a choisi la conquête pour exister par-delà les siècles. Mais l’immortalité LA VRAIE ? Il faut se résigner. Les philosophes diraient que l’essence de la vie, c’est qu’elle se termine un jour.

Pourtant les plantes sont à leur façon immortelles. Je ne parle pas de ce trompe-l'oeil qui consiste à atteindre un très grand âge : le plus vieil olivier répertorié déploie ses rameaux en Crète depuis 3 000 ans, de quoi paraître immortel de mémoire de villageois. Non, je parle bien ici des plantes qui ne meurent jamais. 

En premier lieu, d’innombrables plantes, comme la tomate, se clonent indéfiniment. Elles donnent naissance à elles-mêmes, encore et encore, et un individu existe ainsi de toute éternité. Pour être sûre d’éviter tout brassage sexué, la prude tomate garde sa fleur fermée, afin que seul son propre pollen n’en puisse féconder le pistil  – comble de l’onanisme. Au potager, rien de plus facile que de reproduire fidèlement une variété de tomate : en recueillant ses graines, c’est son clone que vous replantez.

En second lieu, les cellules végétales peuvent être totipotentes. Ce mot barbare qui, chez les humains, s’applique uniquement aux cellules embryonnaires, signifie que la cellule est indéterminée : elle peut se développer en feuille, en bourgeon, en racine comme en écorce. 

Si vous vous coupez un doigt et que vous tentez de le perfuser, il ne donnera jamais naissance à un nouveau vous, avec une main complète, un bras, un squelette et un cerveau. Mais coupez un rameau de figuier et mettez-le en terre, il y a de fortes chances qu’il prenne racine et donne naissance au même figuier. Ce processus est largement utilisé en jardinage, sous le terme de bouturage : à essayer avec les rosiers, les hortensias, les lauriers (en prenant les précautions d’usage). La nouvelle plante est génétiquement identique à la première : c'est elle qui continue à vivre. 

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Et aussi, observez votre fraisier au jardin : sous le poids, vous verrez une de ses tiges pencher vers le sol ... et y prendre racine. De proche en proche, certaines parties du fraisier meurent de vieillesse, alors que de nouvelles (on les appelle des stolons) surgissent perpétuellement. A plus grande échelle, certains arbres réagissent de la même façon quand une branche touche terre.

Car la plante ne se développe pas comme les humains, de manière homothétique – des petites jambes deviennent des grandes jambes – mais en produisant de nouvelles parties d’elle : un nouveau bras plus étroit, un second buste qui penche à droite, une cinquième oreille. A partir de son système racinaire, un arbre peut produire de nouveaux troncs et de nouvelles ramures. D’une racine peuvent naître des dizaines, des centaines d’arbres tous identiques : s’agit-il de plusieurs arbres ? ou bien d’un arbre à troncs multiples, puisqu'il s'agit génétiquement d'un seul individu ?

Pando, le plus ancien arbre identifié (peut-être 80 000 ans), ne ressemble pas à un arbre, mais à une forêt. Ses 40 000 troncs, des jeunes et des plus vieux, en font aussi le plus gros être vivant (6 000 tonnes). Il s’étend (‘pando’ en Latin) et se rétracte (actuellement sous le grignotage des cerfs) dans l’état de Utah. C’est un seul système racinaire. Certaines parties de l’arbre meurent, d’autres se développent. Les plantes à rhizomes (iris, bambou) se déploient de la même façon : plusieurs tiges sur un seul système racinaire. Des tiges meurent, naissent, le système racinaire poursuit son existence. Jusque quand ? L’éternité peut-être ?

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Pando

Siècle après siècle, la science appelle l’Homme à l’humilité. De Copernic à Darwin, des découvertes génétiques (notre génome ressemble à celui du porc ...) à l’évaluation de nos dégâts écologiques : la science met à mal notre ego. Mais elle nous aide aussi à regarder les autres êtres vivants d’un peu moins haut. Et, pourquoi pas, à nous émerveiller quand certains s’approchent avant nous de notre plus vieux rêve : l’immortalité.

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