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Réflexions paysagères

pour mieux comprendre votre jardin

Pourquoi vous ne verrez jamais un figuier en fleurs ...

par J. Roubache, paysagiste Normandie - Paris

09 septembre 2020

L’automne arrive. Après avoir célébré comme il se doit l’éclat acide des tartes aux abricots en juillet, et des tartes aux quetsches en août, une envie sirupeuse me fait lorgner du côté des figues en ce jour de marché. 

L’occasion pour moi de vous parler du figuier, un fruitier que j’affectionne pour de multiples raisons. D’abord, parce qu’il est facile à vivre, ce qui est appréciable dans la conception d’un jardin. Il pousse spontanément dans son habitat, et les variétés cultivées ne s’éloignent pas trop des variétés sauvages. Par conséquent, il nécessite peu d’entretien, et produit des fruits en quantité. Ensuite parce que son parfum puissant me transporte immédiatement en Méditerranée. Une sieste abandonnée dans un jardin provençal : le parfum du figuier me ferait presque délaisser le hamac pour aller me gaver de fruits. L’étroit sentier qui mène à une crique isolée des Pouilles : et hop, des

effluves de figuier me regonflent d’enthousiasme pour crapahuter sur les derniers mètres. Longtemps, j’ai usé du figuier pour parfumer mes intérieurs, mon linge, ou ma peau en été. Mais aujourd’hui, le figuier aiguise ma curiosité botanique plus que sensuelle. Pourquoi une feuille si odorante ? Parce qu’il n’a pas de fleurs ... Tiens, un arbre sans fleurs ? 

Mais non, le figuier possède d’innombrables fleurs. Simplement, il les cache ... dans ses figues, qui sont en réalité une poche de fleurs tournées vers l’intérieur. En été, elles se gonflent en minuscules fruits, ces petites graines sucrées qu’on croque avec délectation. Mais si les fleurs sont cachées, impossible de compter sur le butinage des abeilles ou sur les caprices du vent pour polliniser, n’est-ce pas ? Les figuiers méditerranéens ont donc besoin d’un acolyte au nom barbare : le blastophage.

Une toute petite guêpe qu’on aime bien. D’abord, elle a la bonne idée de ne pas trop nous embêter : incapable de s’alimenter, elle ne vit que le temps de se reproduire et de polliniser mon fruit préféré. Ensuite, c’est un insecte très politiquement correct : les mâles restent à la maison pour se reproduire, alors que les femelles partent à la conquête du monde. Alors, comment se pollinisent les fleurs cachées dans les figues ? Les figuiers méditerranéens sont des arbres mâles ou femelles, qui ont besoin de rencontrer le sexe opposé. Le blastophage va les y aider. Paysagiste à Paris et Deauville, je n’y croise que des figuiers stériles : il fait trop froid pour le blastophage. Ses larves se nichent dans la figue mâle. (Rassurez-vous, impossible de croquer par inadvertance dans une pouponnière d’insectes : la figue mâle n’est pas commercialisée.) Puis les jeunes insectes mâles et femelles se reproduisent dans la figue, mais la

femelle doit aller pondre ailleurs. Le mâle ne sert plus à rien, il peut mourir sans quitter la figue qui l’a vu naître. Aucune échappatoire à ce funeste sort : la nature ne l’a même pas doté d’ailes. Et la figue va dissoudre son cadavre en sécrétant une enzyme – quoi ? la figue serait une horrible carnivore ???

La femelle quitte alors la figue-pouponnière-nid d’amour par le petit trou à l’opposé de la tige. Le passage est si étroit qu’elle est bien obligée de frôler les fleurs mâles du figuier ... et de se charger de pollen. Elle devrait donc maintenant se diriger vers une nouvelle figue mâle pour pondre, non ? Puisque ses œufs ne se développent que dans les figues mâles. Mais cela n’arrangerait ni la reproduction des figuiers, ni la gourmande qui écrit ces lignes. Alors le figuier ruse : déjà que l’arbre mâle et l’arbre femelle ont la même apparence, voici que le mâle aligne ses parfums sur ceux de la femelle. Confusion, déboussolage : l’insecte ne sait pas distinguer la figue mâle de la figue femelle, et entre dans n’importe laquelle. Au péril de son existence : en pénétrant la figue, l’insecte femelle perd ses ailes et ne pourra pas ressortir. Dans tous les cas, c’est la vie qui gagnera. Si elle se trouve dans une figue mâle, elle va pouvoir pondre, et grâce aux futurs blastophages, la lignée des figuiers sera perpétuée. Si elle se trouve dans une figue femelle, tant pis pour la ponte, mais le pollen va féconder les fleurs de la figue, qui se transformeront en fruits et garniront ma tarte. A moins, et ce serait vraiment dommage pour moi, que les figues ne tombent par terre à maturité et que les graines ne rejoignent le sol pour donner naissance à une jeune pousse de figuier.

 

Pour rappel, un tiers des espèces d’insectes est menacé d’extinction en Europe et Amérique du Nord. Pas de figuier sans insecte. Ni de tarte aux figues sans figuier.

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Paysagiste Deauville - Paris

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  • architecte paysagiste yvelines
  • paysagiste 76
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